la fieci
Imprimer

Le “bon plan” des inter-contrats...

eric_valensiEric Valensi, vice-président du SNEPSSI(*) démonte la mécanique infernale, dramatique parfois, qui touche nos collègues en inter-contrats. Loin, TRES loin du cliché facile “du gars restant chez lui, payé à ne rien faire”.

C&A : Éric, vous souhaitez attirer l’attention des lecteurs de Cadres & Avenir sur le problème de l’inter-contrat. Pouvez-vous en préciser les raisons ?

Eric Valensi : Je suis convaincu que la défense de nos collègues en intercontrats doit devenir un axe de travail majeur du SNEPSSI. Pour le lecteur novice, précisons que nous parlons de ces collègues, salariés, généralement productifs qui, entre deux missions chez le client, se retrouvent sans affectation pour un temps plus ou moins long. Comme ils demeurent salariés, personne n’aurait à première vue, envie de les plaindre : jusqu’au moment où ils seront affectés à une autre mission, ils sont payés. Si l’on n’y connait rien, ça ressemblerait presque à une aubaine : rester chez soi, payé par la boite... Pouvoir lire, bricoler... Dans la réalité, c’est l’inverse : un véritable cercle vicieux qui se met en place, un piège qui se referme sur le collègue. Et “le bon plan des deux semaines de repos payées” tourne souvent à la galère.

C&A : comment le salarié en inter-contrat est-il perçu dans l’entreprise ?

EV : Le principe même de sa situation le fragilise, et peut très vite le mettre en danger. Prenons les commerciaux : ils doivent vendre des journées de travail, et sont eux-mêmes rémunérés sur la marge dégagée par l’entreprise. Ils voient donc d’un très mauvais oeil ces salariés qui “ne travaillent pas”. Leur intérêt est soit de les placer, ce qui serait a priori bon pour tout le monde... soit de les voir virés, ce qui l’est moins ! Ensuite, y compris au sein des CE, les inter-contrats sont souvent considérés comme une variables d’ajustement. Pour avoir un ordre d’idée, une entreprise qui tourne avec moins de 10 % des effectifs en inter-contrat n’a pas de problème. Au-dessus, ça devient préoccupant. Mais certaines peuvent estimer que 5 % est un maximum, et au-dessus, vouloir écrémer... Le salarié en attente se retrouve alors en première ligne. J’ai entendu un jour quelqu’un les appeler “la lèpre de l’entreprise”.

C&A : D’autant qu’à rester chez soi, on se marginalise...

EV : Votre emploi est menacé, mais aussi votre carrière. Car nos métiers évoluent très vite. Certains bénéficient de formations, mais ce n’est hélas pas la règle. Tenu éloigné des systèmes, on se déqualifie, faute de formation on perd en technicité. On devient donc moins facilement “casable”. Bienvenue dans la boucle ! Vos proches, famille, voisins, vous regardent comme si vous étiez au chômage. Peu à peu, vous perdez confiance. Et quand la situation traine, vous entrez dans la troisième phase : celle des tracasseries, des process vexatoires, pour ne pas dire plus...

C&A : Vous avez sur ce sujet des exemples croustillants...

Je connais une entreprise où il faut venir signer un registre chaque matin entre 9 et 11. On y a refusé à une collègue handicapée toute possibilité de venir à un autre moment de la journée, alors qu’elle traverse tout Paris dans les bouchons, juste pour émarger, et repartir. Un autre n’a pu signer parce qu’arrivé à 11h10 : “Absence injustifiée !”... Je n’oublie pas ce que j’appelle “les projets pâte à modeler”, où on vous enferme à plusieurs dans un bureau à réfléchir sur des projets fumeux dont on sait pertinemment qu’ils n’aboutiront jamais.

L’étape suivante consiste à tenter de vous dégouter. Vous demander de trouver vos propres missions. Vous en proposer des sous-qualifiées. Ou situées à cent kilomètres de votre domicile. Le but du jeu, c’est de vous faire craquer, pour vous proposer ensuite “une transaction à l’amiable”, une “rupture conventionnelle” ou vous partez avec un chèque d’un montant minable, genre six mois de salaire, alors que vous avez quinze ans d’ancienneté...

C&A : Et si vous refusez la mission ?

On vous vire, vous allez aux prud’hommes, et là vous tombez sur deux représentants patronaux choqués de votre attitude, et deux salariés qui généralement ignorent tout des logiques infernales de l’inter-contrat, et vous jugent sans savoir : “il reste chez lui à rien faire, et refuse une mission ! Exagéré, quand même !” Et c’est ainsi qu’au bout du compte, un système pervers parvient à fabriquer de toutes pièces des souffrances sociales et morales, qui parfois deviendront de véritables handicaps...

“L’intercontrat n’est pas une notion juridique mais une situation de fait, soulignait le Syntec informatique, sur le site cadremploi. Une personne en intercontrat reste salariée de l’entreprise. Elle garde donc son statut, ses droits et le même niveau de rémunération”.

À noter : L’intercontrat ne peut donc constituer un motif de licenciement, précisait le site... qui ajoutait toutefois qu’en fonction des accords d’entreprise, l’employeur peut imposer à son consultant “des congés payés ou des jours de RTT”. D’après ce que nous savons, certaines ne s’en privent d’ailleurs pas !

(*)Au sein de la Fédération FIECI, le SNEPSSI est rappelons-le le syndicat des métiers de l’informatique, présidé par Arnaud Dubuisson.

pdf Télécharger cet article au format PDF

Nos formations

 

Ile De France FSE

Union Européenne