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Entré dans la "Prévention des Risques Psychosociaux" pour adapter le travail aux hommes et non l'inverse, son expérience l'amène à sévèrement remettre en question le discours "bienveillant" des Cabinets spécialisés...
C'est un témoignage authentique, et anonyme... par précaution. Le regard lucide que portent les auditeurs sur les entreprises qu'ils étudient, peut tout aussi bien se porter sur le travail qu'ils exercent ; sur ses limites, et ses "ambigüités". Écoutons les propos d'un consultant désormais sans illusion, mais pas du tout démotivé !
Enthousiasme...
Je suis entré dans ce secteur il y a quelques années, porté par un enthousiasme réel : pour moi, c'est un boulot qui avait un sens. Et qui en a toujours, d'ailleurs ! À l'époque, j'étais en recherche d'emploi et suivais un cursus de psycho du travail au sein d'une institution en pointe sur ce dossier des "risques psychosociaux", dits aussi "RPS". L'approche d'un Yves Clot, par exemple, me séduisait forcément : comment voulez-vous ne pas souscrire à l'idée que c'est d'abord le travail qu'il faut soigner, non les travailleurs ? Et que c'est donc l'organisation qu'il faut questionner, non la résistance de l'individu ?
Plein de naïveté, j'envoie plusieurs e-mails aux cabinets de la place, pour une première prise de contact, imaginant qu'un jour je pourrai peut-être intégrer l'un d'eux. Je reçois une réponse : un dirigeant, dont le discours, bien évidemment, véhicule cette idée de "l'humain remis au centre du travail", accepte de me rencontrer. J'y vais pour une discussion à bâtons rompus. Rapidement, je comprends que je suis en entretien d'embauche... Et j'en ressors engagé comme consultant !
... Désillusion...
Dans tout nouveau job, les premiers mois sont ceux de la découverte ! J'ai d'abord été fasciné par les rapports statistiques, d'une grande finesse, les cartographies indiquant que telles catégories de salariés étaient plus sensibles aux stress que telles autres... Cette rationalisation, la précision des données, purement chiffrées, me semblaient vraiment prometteuses. On pouvait, j'en étais certain, agir sur le terrain, pour les salariés. C'était une phase un peu idéaliste : elle n'a pas duré !
En fait, la "promesse" d'un cabinet s'appuie souvent sur la personnalisation du dirigeant et, bien sûr, sur son discours ou angle d'attaque du problème, qui ne peut pas être neutre. Egalement, j'ai assez vite senti un décalage entre l'investissement dans la phase "quali", le temps passé à interviewer des salariés, à recueillir leurs fameux "verbatim" ; et la prise en compte par les RH, franchement trop limitée, de l'analyse de leur organisation. C'est pourtant en prenant le mal à sa source qu'on a le plus de chance d'y arriver.
Mais en fait, comment voulez-vous que les RH acceptent que l'organisation fasse l'objet d'une petite réappropriation par les salariés, alors que le premier enjeu, c'est la compétitivité de l'entreprise, voire sa survie sur le territoire ? Il y a ce dogme d'un "contrôle total" ; et on se retrouve avec des salariés sans marge de manœuvre, au travail fragmenté, écrasés par les procédures, le poids de l'objectivation quantitative... Bref : qui ne s'y retrouvent plus.
Un cabinet mandaté par les RH peut apporter toute son expertise : mais au bout du compte qu'en restera-t-il ? Le problème est que ce mal dépasse tout le monde, y compris les décideurs ! Au fond, l'enjeu réel de l'intervention du cabinet, ce n'est pas l'amélioration du bien-être du salarié, qui reposerait sur une possibilité un peu plus grande pour lui de se retrouver dans son travail. Le vrai enjeu, fondamental, c'est d'abord la conservation du contrôle, par la direction, du processus de changement, et d'autant plus qu'il sera réellement pathogène et donc potentiellement conflictuel ! Par contre, les directions pourront renvoyer les salariés à leur "gestion du stress", à travers des "formations", ou mettre en place un dispositif "d'assistance téléphonique". Ça ne mange pas de pain, l'entreprise montre qu'elle prend le problème RPS en compte, qu'elle ne reste pas inactive, tout en évitant soigneusement de remettre en cause... les causes !
Remobilisation...
Je ne suis plus dupe. Je le suis d'autant moins lorsque je vois l'organisation interne du cabinet qui m'emploie : service laissé sans manager, choix de positionnement d'un flou absolu, objectifs méconnus ou incompris, désintérêt de la direction pour ce que l'on fait mais obsession du rendement, manager reconnu pour ses pratiques de harcèlement moral, gestion des compétences aberrante... Je continue la liste ? C'est effarant. Bon. J'ai décidé de me syndiquer, en espérant faire un peu "bouger les lignes" : je n'ai pas à partir. Partir n'est pas la solution.
Et puis j'ai envie de continuer mon travail de consultant sans renoncer à proposer ce que je crois nécessaire. Il me semble qu'il faut sur ces questions renforcer la culture syndicale. Les directions se défaussent trop souvent de leur responsabilité en proposant des palliatifs. Il faut mieux informer les partenaires sociaux, notamment les CHSCT des mécanismes en jeu : les aider à décrypter les discours développés par les cabinets, désormais organisés dans une "Fédération des Intervenants en Risques Psycho Sociaux". Maintenant, avec ce que j'ai vu et entendu, je souhaite m'impliquer pour mieux leur faire connaitre ces enjeux à mes yeux essentiels.
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