Samedi, 19 Mai 2012
Est-ce bientôt la fin de nos bureaux ? PDF Imprimer Envoyer
“Les espaces de travail vides coûtent cher aux entreprises”. Avec l’explosion des prix de l’immobilier, allons-nous assister à la disparition physique de nos lieux de travail ?

Les bureaux vont-ils disparaitre avec l’explosion des prix immobiliers ? L’idée s’insinue dans la tête de bien des directions générales, et y fait son chemin depuis quelques années. Aujourd’hui, le taux d’occupation d’un bureau est seulement de 45 %. “Les bureaux vides n’ont plus de sens”, tranche devant un journaliste du Figaro, Philip Ross, PDG d’Unwired, un spécialiste des évolutions de travail. Avec Regus (premier fournisseur d’espaces de travail) il vient de réaliser une étude mondiale sur ce que sera le “bureau de demain”. Ce qui faisait rire dans un vieux sketch de Guy Bedos il y a trente ans, “on me propose un poste, mais sans bureau ni chaise pour m’asseoir”, est en passe de devenir réalité.

Ni Chaise, ni table

Chez Hewlett Packard par exemple, on expérimente depuis longtemps ces belles idées pour demain : les ingénieurs n’ont plus de bureau, juste un téléphone portable et un ordinateur. Plus de table, plus de pièce, plus de parking attitré. Ils vont et ils viennent... Et ça ne se passe pas si bien que ça. Voici ce qu’en dit un salarié : “D’abord, les parkings sont souvent pleins à certaines heures, saturés de visites des salariés ; il faut alors se garer à l’extérieur, et c’est nous qui payons la note. Ensuite, il faut avoir du goût pour la quincaillerie ! Car il faut refaire tous les branchements chaque fois que nous devons nous servir d’un ordinateur. En outre, l’ambiance n’est pas très chaleureuse. De temps de temps, nous essayons de nous attendre, au moins pour déjeuner ensemble, nous retrouver dans une même salle... Mais c’est difficile. Enfin, nous n’avons pas de ligne fixe et nous nous servons de notre téléphone portable à longueur d’année, ce qui produit des maux de tête, à la longue”.

Travailler chez soi ?

Les salariés préfèrent-ils rester chez eux ? Oui, souvent, et d’autant plus que les grandes villes imposent des temps de transport fastidieux. Souhaitent-ils pour autant devenir “télétravailleurs” ? Non ! Ils ne veulent pas être enfermés dans cette catégorie qui risque de les éloigner de la réalité même du travail. Dangereux en période de chômage!

Et travailler “home-based” peut vite devenir invivable quand les enfants chahutent à domicile. Signe des temps, l’accord sur le télétravail ne remporte pas un succès franc et massif chez Hewlett- Packard . Pourtant il comporte un certain nombre de dispositions protectrices et intéressantes pour le salarié candidat : l’ADSL est remboursé, l’aménagement de l’espace travail est remboursé. Mais il faut réserver des jours auprès de la DRH, l’accord prévoit la possibilité de prendre de un à quatre jours de travail à domicile par semaine.

Si les salariés ne sont pas chaud, c’est qu’ils travaillent déjà à domicile, sans réserver de jours particuliers, et sans demander de remboursement particulier. Ni vus, ni connus. À l’origine, l’objectif était de créer 600 télétravailleurs officiels. Ce nombre n’est toujours pas atteint.

Selon la Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques (Dares), les travailleurs nomades déterminent plus librement leurs horaires que les sédentaires. Ils sont aussi deux fois plus nombreux à travailler la nuit. Et six fois plus nombreux que les autres cadres à oeuvrer le dimanche. Le site rue 89 cite cet ensemble : Chez Renault, l’expérimentation a dû être abandonnée, car “les équipes avaient perdu leurs repères et se sentaient mal. Mais le système perdure très localement en Hollande et en Grande-Bretagne, où la relation à l’espace matériel est peut-être moins chargée d’affect”.