| L'Edito "Chamboule Tout" |
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Il ne se passe pas de jour sans annonce de réforme, de déclaration
péremptoire sur l’air de « la situation est grave, mais vous allez
voir ce que vous allez voir, tout ira mieux demain ». Pour l’heure,
ce mouvement brownien ne nous impressionne guère car nous savons
bien que ce sont les résultats concrets qui comptent.
S’il est un dossier crucial pour démontrer la capacité de notre pays
à s’adapter à la nouvelle donne économique et démographique,
tout en maintenant la cohésion sociale au travers de la solidarité intergénérationnelle,
c’est bien celui des retraites. Les ressortissants
des régimes spéciaux doivent s’inscrire dans l’augmentation générale
de la durée de la carrière. On voit mal pourquoi un conducteur
de TGV ne serait plus apte après cinquante ans quand les pilotes
d’avion souhaitent, pour beaucoup, voir supprimer l’âge couperet
de soixante ans.
Pour autant, la réforme des régimes spéciaux qui va être négociée
entreprise par entreprise à la demande de la CFE-CGC, ne
signifi e pas spoliation des gaziers, électriciens, cheminots… Davantage
de travail doit s’accompagner de garanties salariales et de
retraite. Sinon, à quoi cela servirait-il de travailler plus pour gagner
moins pendant et après la carrière ? Il y a toutefois un point sur lequel
je serai particulièrement vigilant. C’est celui du fi nancement du
déséquilibre démographique de ces régimes (500 000 actifs pour
1,1 million de retraités). La compensation est aujourd’hui payée par
l’État. Il est hors de question de la transférer au régime général et
de la faire supporter aux salariés du privé.
Quand je vois les engagements hors bilan de la SNCF et ce que
représente la dette sociale, je me dis que nos gouvernants, quels
qu’ils soient, sont toujours habiles dans les tours de passe-passe
pour redistribuer les cartes avec toujours les mêmes qui payent
l’addition. On nous a déjà fait le coup avec la culture au travers
des intermittents du spectacle. Nous payons quatre fois : en qualité
de contribuable national et local, de salarié qui paye des cotisations
sociales à l’UNEDIC et de consommateur qui paye sa place
de théâtre ou de concert. Pour la SNCF nous en sommes à trois :
contribuable national, local et consommateur. Gare à l’adossement
du régime spécial au régime général !
Pour l’heure, nous avons fêté le soixantième anniversaire de
l’AGIRC. Ce fut l’occasion de rendre hommage à nos anciens qui
ont su bâtir l’architecture d’un système équilibré entre régime général
et complémentaire. Cette architecture, même si elle a besoin
d’un ravalement voire de monter un étage supplémentaire, c’est
comme les styles roman ou gothique : indémodables pour assurer
le ciment de la cohésion sociale et redonner espoir et confiance en
l’avenir à toutes les générations. C’est ce à quoi travaille, sereinement,
la CFE-CGC.
Bernard VAN CRAEYNEST
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