Mardi, 22 Mai 2012
Après la loi de 2008 : comment évoluent les pratiques syndicales ? PDF Imprimer Envoyer

Les nouvelles règles du jeu de la représentativité modifient peu à peu les pratiques sociales en entreprises. Les syndicalistes de la FIECI doivent intégrer ces nouvelles donnes dans leur logiciel.

Comprendre la façon dont les acteurs au sein de l'entreprise s'approprient les nouvelles règles, et adaptent leurs pratiques à des contraintes nouvelles, comme l'obligation de franchir le seuil des 10 % des suffrages exprimés aux élections professionnelles. Cet enjeu de l'étude conduite par Triangle en 2010, auprès de grandes entreprises, interpelle forcément les syndicalistes modernes que nous voulons être. C'est pourquoi nous mettons ici en évidence certaines de ses conclusions. Elles nous semblent riches d'enseignements.

Une représentation plus complexe, entraîne plus d'incertitude

Les sociologues notent d'abord que dans la majorité des cas, la reconfiguration supposée des paysages syndicaux n'a guère eu lieu. Certaines organisations peuvent s'effacer ici ou là, notamment dans des entreprises mono-établissement où elles ratent les 10 % fatidiques. Mais dans la grande majorité des cas, se dessinent en réalité des représentativités à géométries variables, selon les établissements. Les différentiations internes ont tendance à s'accentuer. Elles semblent plus qu'avant fonction des spécialisations des sites, des activités (production, recherche, administration), et des catégories socioprofessionnelles présentes. Devant cette complexité, monte un ressenti d'incertitude, autant pour les RH que pour les IRP.

Anticiper, développer : l'exigence d'une approche stratégique

L'étude note le développement d'alliances, entre organisations. Certaines, parfois très implantées, ont pu connaitre la défaite faute de s'être préparées aux nouvelles règles et d'avoir actualisé leurs pratiques. Dans toutes se posent aujourd'hui les questions du développement de la syndicalisation. Il faut consolider les liens entre sections d'entreprises, fédérations et unions interprofessionnelles. Cette exigence relève d'une approche stratégique. Et c'est une conviction résolument ancrée dans la réflexion de la FIECI-CFE-CGC. Il nous faudra l'affirmer sans relâche dans les temps à venir.

La loi redessine-t-elle les partenariats privilégiés de la négociation ?

En associant la possibilité de ratifier un accord pour l'ensemble du collectif de travail, à l'obtention d'une légitimité électorale, la loi vise à faire émerger durablement des interlocuteurs dont la capacité à engager l'ensemble des salariés est objectivement établie, estiment les auteurs. Cette question est centrale pour apprécier l'impact de la loi de 2008. Mais on manque encore de recul pour observer des tendances fortes. Il semble que la loi contienne positivement les tentatives de divisions d'entreprises aux visées clairement "antisyndicales". Elle oblige les directions d'entreprise à penser l'émergence de majorités de signature à 30 %.Ceci encourage les alliances durant les négociations, et réduit à néant les stratégies isolationnistes, à moins qu'on soit majoritaire au-delà de 50 %. Reste que dans une période tendue, où les négociations sont souvent la remise en cause d'avantages acquis lors d'accords précédents, le risque serait d'aller vers plus de contentieux, et moins de dialogue.

Un danger : couper le syndicaliste de ses collègues

Autre point qui nous semble essentiel, le lien de représentation tend lui aussi à se redessiner. Certains syndicalistes déplorent une confusion qui s'établit, entre la désignation des DS et les élections du Comité d'entreprise. Les logiques de valorisation de ces fonctions leur paraissent différentes. D'un côté, précisent les rédacteurs de l'étude, la personnalisation du mandat, avec parfois un usage des ressources pourvues par le CE pour entretenir une clientèle électorale. De l'autre, une idée de la représentation syndicale, liée d'abord à la maitrise des dossiers, à la connaissance de la ligne de l'organisation, ou à la qualité du contact direct avec les salariés.

Cette professionnalisation est indispensable. Mais elle risquerait potentiellement d'éloigner les représentants syndicaux des salariés, et de distendre les liens de proximité, également indispensables. Or l'un des objectifs affirmés de la loi de 2008 est à l'inverse de resserrer ces liens. Nous devons veiller à demeurer proches des personnes dont nous défendons les intérêts. Et ceci nous semble l'enseignement majeur de cette étude. À cet égard, le thème de la formation, développé dans ce Passerelles Cadres, est un cas d'école : il impose à la fois la connaissance précise des dispositifs, et la pleine mesure des enjeux de terrain.

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