Mardi, 22 Mai 2012
Il y a bien loin des mots aux actes PDF Imprimer Envoyer
“Si l’égalité n’est toujours pas la norme, malgré toutes les lois promulguées, elle figure dans toutes les déclarations de bonnes intentions... Mais dans la réalité... c’est encore autre chose !”

Michel de La Force

Comme d’autres fédérations, la FIECI a son propre Réseau Equilibres. Sous l’impulsion de Liliane Carrière et Nils de Tymowski, s’y retrouvent des femmes et des hommes (soyons précis, plus de femmes que d’hommes, au moins jusqu’à aujourd’hui...) qui jugent prioritaires ces questions d’égalité au travail.

Un paradoxe

Ces participants mettent d’abord en évidence un paradoxe. Plus ces questions sont débattues, dans toutes les instances, et jusqu’au sommet du Medef que dirige une femme... Plus on fait en réalité du surplace. Voire pire. “Dans tous les colloques auxquels j’assiste, on entend le même constat : la question de l’égalité hommes-femmes régresse” constate Nils de Tymowski. On l’observe en France, en Belgique, et dans nombre de pays d’Europe. Depuis vingt-cinq ans et les mesures prises par Jean Auroux et Yvette Roudy, la situation des femmes au travail n’a guère évolué. La loi qui entrera en vigueur en 2012 devra sanctionner les entreprises n’ayant pas signé d’accord Égalités... ou n’ayant pas “prévu” de dispositif de réflexion. En clair, n’importe quel comité bidon suffira à éviter une sanction. On en restera donc aux “paroles, paroles”...

Assez de mesures gadget !

Profitant d’une journée de la Femme, Madame Parisot fit récemment sensation en proposant de rendre obligatoire le congé paternité, avec ce mérite espéré de “développer dans les faits le partage des tâches ménagères aux foyers”. Louable intention... peut-être un rien démagogique. Mieux vaudrait en effet balayer devant la porte des entreprises, où tant de chantiers concrets demeurent en souffrance : inégalité des salaires, progressions de carrières, gestion des retours de maternités. “Car au sommet des hiérarchies, les postes sont détenus très majoritairement par des hommes. Ils sont forcément moins vigilants sur ces questions”, souligne modes de parentalités évoluent. Ce que l’entreprise doit prendre en considération, c’est le droit pour qui le souhaite, -homme ou femme-, de mieux concilier temps de travail et temps familial.

Dans nos métiers, la tentation de la régression...

Notre secteur était assez en pointe sur ces questions d’égalité, notamment sous l’influence de la culture nord-américaine. Au moins jusqu’à la fin des années 80. Les recrutements de femmes ont fortement diminué, le secteur s’est “déféminisé”, et les entreprises entérinent cette situation. Et on ne peut pas dire que les entreprises se mobilisent massivement pour faire bouger de “RSE” importants, le bilan de leurs actions conduites dans le cadre de la “Responsabilité Sociale des Entreprises” devant figurer dans leurs rapports financiers annuels. Ces grosses structures sont donc sous étroite surveillance des lobbyistes et investisseurs, notamment anglo-saxon... dont on sait qu’ils sont très vigilants sur toutes ces questions.

Mais toute médaille a son revers. Ces grosses structures externalisent un très grand nombre de fonctions ; notamment, dans nos secteurs, l’informatique et l’ingénierie. La pression constante et maximale exercée sur ces prestataires pour les contraindre à diminuer leurs coûts, contrebalancerait alors l’effort consenti pour ces accords internes, “égalités”, “diversités”. Le tableau, valorisant, masquerait en somme les contours d’un monde du travail appelé à devenir toujours plus inégalitaire en réalité... selon qu’on travaille dans un grand groupe ou une PME.

Il y a donc du pain sur la planche. Mais les membres du Réseau Équilibres FIECI ont l’envie de s’y confronter : “nous sommes dans un système qui n’évolue que sous la pression des acteurs, et souvent sous la contrainte. Si les accords égalités se contentent de reprendre ce qui est dit dans la loi, on n’a guère besoin des syndicalistes pour cela ! Notre fonction est bien de faire des propositions, pour innover, aller plus loin... Notre Réseau Equilibres doit savoir jouer ce rôle d’aiguillon”.

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