Mardi, 22 Mai 2012
Refuser l’effet domino... PDF Imprimer Envoyer

Le 11 octobre, plusieurs syndicats appelaient à manifester contre les mesures d'austérité et la baisse du pouvoir d'achat. La mobilisation ne fut pas à la hauteur des espérances. La CFE-CGC avait choisi de s'en tenir éloignée, et c'était probablement la bonne attitude. Car les enjeux de cet automne vont en réalité bien au-delà de ces seules questions, si cruciales qu'elles soient pour les travailleurs les moins favorisés.

Pour ce qui concerne notre Fédération ce sont, si l'on y regarde bien, les fondements mêmes de nos emplois qui vacillent, et peuvent être bientôt menacés.

Comme dans un mauvais film d'horreur, le Krach de 2008, né de la faillite du groupe Lehmann Brothers, vient de nouveau hanter les marchés. Tous les acteurs du secteur bancaire sont aujourd'hui dans le collimateur. Mais derrière, se tiennent ceux du secteur des assurances, abritant lui-même celui des mutuelles, des caisses de retraite et de santé ; et au-delà, toutes les entreprises demandeuses de crédits... Toutes pourraient se retrouver entraînées dans la cascade. Une fois lancé, l'effet domino est par définition dévastateur. Il n'épargne personne.

Tous les métiers de nos branches seraient ainsi concernés. Les banques, les assurances, les grands groupes, y compris industriels, sont les clients de nos entreprises de conseil, de formation, et de services informatiques. Dans l'ingénierie, les coupes sombres peuvent remettre en cause nombre de grands chantiers. Dans les sociétés de services, chacun sait que conseil et formation sont traditionnellement parmi les premières activités menacées, en périodes de crises ou de restrictions budgétaires. De même les investissements informatiques pourraient sérieusement diminuer ; et avec eux les nombres de journées facturées par les SSII.

On nous jure que notre économie n'est pas une armée de "colosses aux pieds d'argile". Il nous faut l'espérer. Car après le chiffre d'affaires de "nos" entreprises, ce seraient bien "nos" emplois qui se retrouveraient très vite en première ligne, dans les mois à venir.

Certains indicateurs tournent au rouge. Les partenaires sociaux ont accepté l'idée de négocier la mise en œuvre du chômage partiel dans nos métiers. De telles hypothèses auraient il y a peu suscité un tollé immédiat. On les imaginait réservées aux seuls secteurs industriels. Qu'elles soient évoquées dans les métiers de service, sans entrainer de rejet réflexe immédiat, constitue une inquiétante nouveauté. Même si elles ne doivent être utilisées qu'à titre exceptionnels, dans des cas extrêmes, cette hypothèse inédite s'avère inquiétante en soi.

Ces signaux doivent alerter sérieusement nos représentants dans les entreprises. C'est pourquoi nous consacrons largement ce Passerelles Cadres au thème de la formation. Au cœur des négociations annuelles obligatoires, nous plaçons toujours l'emploi et les salaires. Mais nous devons aussi préparer l'avenir. La formation professionnelle, tout au long de la vie, est un moyen essentiel de protection de nos collègues. Acquérir de nouvelles compétences leur permet de mieux construire leur carrière, et de protéger leur emploi. En participant aux commissions de mises en place ou de suivi de la GPEC, en inventant des dispositifs de formations à la fois rigoureux et souples, nous les aidons à affronter autant qu'il sera possible, les plus sombres scénarii, si d'aventure ils devenaient réalité.

Se syndiquer à la FIECI, c'est vouloir incarner un syndicalisme exigeant et responsable, en phase avec les réalités présentes. C'est pourquoi nous présentons également quelques constats issus d'une passionnante étude sur l'évolution des pratiques syndicales depuis la mise en place de la loi de 2008. Elle nous indique de bonnes pistes pour consolider nos réflexions et nous armer de convictions. Refusons par avance cette fatalité du fameux "effet domino".

Michel de La Force

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