Mardi, 22 Mai 2012
Réseau mixte, enjeux universels... PDF Imprimer Envoyer
Au sein du pôle Emploi de la Direction Confédérale, Marie- Line Brugidou est déléguée nationale en charge de l’Égalité et la Diversité.

PC : Pouvez-vous présenter à nos lecteurs une photographie du Réseau Équilibres, et de son évolution ?

Marie-Line Brugidou : Le Réseau Equilibres, lancé par Carole Couvert, actuelle secrétaire générale, existe depuis 2004. J’ai pris le relais en janvier 2007. Il se développe à la fois au niveau des fédérations, et géographiquement au sein des UR et des UD. Quel sont nos buts ? Donner des outils, des informations, et être présents partout où se négocient des accords. Sur le terrain, nous sommes également en mesure de former DS et DP aux questions d’égalité et de diversité. Pour toute entreprise de plus de 50 salariés existe l’obligation de fournir un état des lieux, un bilan ou un R.S.C. ainsi qu’un plan d’actions associé. C’est un lieu particulièrement important, où nous CFE-CGC, devons être présents et actifs. Enfin, au niveau des fédérations, nous incitons à la rédaction d’acteurs de branches.

Nous menons par ailleurs des actions de lobbying en direction des rectorats pour que l’information donnée aux collégiens et lycéens valorise mieux la mixité des métiers : plus de femmes dans les filières scientifiques, davantage d’hommes dans le tertiaire ou les professions de santé. Nous intervenons aussi au niveau des grandes écoles. Il importe vraiment de faire reculer les stéréotypes des “représentations professionnelles” sexuées.

PC : Ces dernières années, un fort sentiment de recul s’exprime dans nos métiers sur ces questions. Partagezvous ce constat ?

M.-L. B. : L’égalité professionnelle, c’est un ensemble d’enjeux. Or on le constate, bien des dossiers demeurent inaboutis. Respect des lois existantes. Egalité salariale. Congé paternité, et prise de congés pour enfants malades. Culture du “présentéisme”, très ancrée chez les hommes, consistant à confondre nombre d’heures effectuées et qualité de travail. Enfin, gestion des différents temps de vie (travail, loisirs, famille). Sur tous ces sujets, rien n’avance. Il faut aussi évoquer la détection des “hauts potentiels féminins”. À travers la formation continue, il s’agit d’accroître le nombre des femmes accédant aux postes de management intermédiaires, puis de dirigeantes. C’est l’un des moyens pour voir évoluer les modes d’organisation et les comportements. Mais les initiatives en la matière demeurent trop rares.

PC : Quel jugement portez-vous sur l’entrée en vigueur des “pénalités”, pour les entreprises d’au moins 50 salariés qui ne seraient pas couvertes par un accord ou un plan d’action relatif à l’égalité professionnelle ?

M.-L. B. : On attend toujours les décrets ; rien n’est donc gravé. Mais le mécontentement s’impose ! Le constat d’inégalité date tout de même de 1972 ! En 2006, on nous jurait que tout serait terminé pour 2010. Nous avons encouragé partout les rapports de situations comparées, permettant d’identifier les cas d’inégalités flagrantes. Mais nous estimons que les DIRECCTE (*) n’ont pas fait leur travail de vérifications sur le terrain. Par ailleurs l’article 99 ne comporte aucune obligation de résultat. Il n’envisage des pénalités progressives allant jusqu’à 1% de la masse salariale. Enfin, nous souhaitions qu’une partie des sommes collectées par ces pénalités soit reversée sous formes d’incitations, à des entreprises ayant déjà mis en place des mesures innovantes sur l’emploi féminin. Nous regrettons que cette idée encourageant les bonnes pratiques ne figure plus dans le dispositif.

PC : La mixité est-elle une réalité, dans le monde syndical ?

M.-L. B. : Si je voulais mettre les pieds dans le plat, je dirais que nous avons “nous aussi” un énorme chantier devant nous. Je ne parle pas au plan confédéral, où chez nous les choses se passent bien. Mais, au-delà, la présence des femmes au plan des directions est insignifiante ! On frôle la catastrophe... Et l’argument du faible nombre de candidates est un faux argument ! La réalité, c’est ce rapport au pouvoir, et au partage de ce pouvoir, qui est vécu de façon différente. Et l’on entend encore, parfois, des railleries totalement “hors-sujet”... Au sein d’Équilibres,nous croyons qu’il faut dépasser ce stade, pour affirmer qu’hommes et femmes sont complémentaires !

Une condition essentielle pour que ce réseau avance de façon efficace, c’est sa mixité. Si plus d’hommes s’y investissent – durablement-, il n’en sera que plus constructif. En réalité, tous ces enjeux d’égalité, mixité, de conciliation des temps de vie, doivent devenir l’affaire de TOUS les syndicalistes, hommes et femmes Actuellement, notre groupe comprend une cinquantaine d’adhérents. Nous y comptons une vingtaine d’hommes. Il nous faut non seulement grandir, mais approcher aussi près que possible de la parité. ≈

(*) DIRECCTE : Direction Régionale des Entreprises, de la Concurrence, de la Consommation, du Travail et de l’Emploi

pdf Télécharger cet article en PDF