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Les journées de manifestations se succèdent depuis septembre, et sur ce dossier toujours explosif des retraites, le gouvernement persiste à tout ignorer des propositions exprimées par les organisations syndicales. Pour l’essentiel, les quelques modifications acceptées avaient été anticipées et chiffrées de longue date.
Je n’entrerai pas ici dans une analyse des choix politiques expliquant la crise actuelle. Chacun sait qu’au-delà de la gestion de la situation, se mettent en place des stratégies d’acteurs en vue des futures échéances électorales. Nous ne sommes pas dupes ; réaffirmons ici que nos préoccupations se limitent à nos missions de syndicalistes.
Pour autant, un enseignement s’impose ! Nous observons que le mode de gestion des conflits politiques imprime aujourd’hui sa marque dans celui des relations sociales, au sein des entreprises. Lorsque l’exemple vient des plus hautes sphères du Pouvoir, les dirigeants s’appliquent à le suivre. D’où certaines dérives, semblables à celles que l’actualité met en évidence. Ne pas approuver “cette” réforme, serait être contre “la” réforme ; et contre “toute” réforme, en général. Ce serait en somme être ringard, obsolète, indécrottable conservateur... à mille lieues des exigences de la modernité. Et de même noustrouvons- nous bien souvent face à des employeurs pour qui rien n’est plus jamais discutable. Pour le bien de l’entreprise, pour “sa survie”, il faudrait tout accepter en bloc ; comme exactement lorsqu’on nous parle de “sauver le système à la française”. Voilà des recours systématiques à la dramatisation qui cachent mal, en réalité, un rejet tactique, et cynique, du dialogue...
De même ne serait-il plus jamais possible de se voir autoriser le temps du débat, de la concertation, des échanges, sans s’entendre chaque fois rétorquer que discuter serait “repousser à plus tard”, et donc, tergiverser. Il faudrait alors accepter d’aller vite, toujours plus vite, et si possible, tambour battant. En réalité, cette pression permanente du temps qu’il ne faudrait plus perdre, n’est qu’un autre moyen, qui se voudrait habile, d’empêcher toute discussion, d’imposer aux représentants syndicaux un rôle de simples faire-valoir. Dans le contexte imposé par la nouvelle Loi sur la représentativité, cette déviance s’avère d’autant plus insidieuse et dangereuse qu’elle met les organisations syndicales en situation de concurrences stériles, ou de stricte soumission à la nouvelle règle du jeu. Non : aller vite, ce n’est pas réfléchir mieux. Et ce n’est pas servir correctement une démarche collective. Notre inquiétude est réelle. Sur le terrain des négociations, faut-il craindre d’avoir à subir, dans les mois à venir et pour longtemps, le mépris croissant du vrai dialogue social, les mêmes volontés de passages en force, et cette même tyrannie de la modernité (lire également pages 2 et 3) contre laquelle on ne devrait plus qu’acquiescer, sans questions ni protestations ?
De ce parti-pris de brutalité, révélant un mépris des interlocuteurs, ne peuvent naître, pensons-nous, que des déconvenues, et la détérioration profonde de notre cohésion sociale. C’est ce pacte-là qui se trouve menacé par les pratiques actuellement observées. Encore une fois, nous nous opposons au dé-tricotage de tout ce qui fait l’équilibre du bien vivre ensemble. Imposées pour peut-être gagner quelques points de PIB, ces logiques pourraient, in fine, nous coûter beaucoup plus cher ! Exiger une chose qui aboutira à l’exact contraire de l’ambition affichée, voilà bien ce qu’on peut appeler une injonction contradictoire. Michel de La Force
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